Historique de la Canne et du Bâton

, par Yonnel Kurtz

Dès que l’homme a ramassé ou brisé ne branche d’arbre est né le bâton. Cet objet naturel en bois a donc tout de suite prolongé le bras de l’homme dans des usages primitifs et des pratiques utilitaires (recherche de nourriture, aide aux déplacements) comme dans des pratiques guerrières (chasse, défense).

Devenue arme, le bâton a rapidement connu des adaptations, voire des transformations donnant lieu à de véritables engins de guerre : gourdin, massue, lance, javelot… Cependant, l’usage guerrier du bâton ne doit pas faire oublier qu’il s’est aussi imposé comme symbole du pouvoir, notamment religieux : sceptre, crosse… et comme élément de jeu : crosse, batte, club, canne ...

Pour des raisons d’économie et de sécurité évidentes, l’entraînement des hommes à l’attaque et à la défense ne se faisait pas avec des armes véritables ; le maniement du bâton a toujours été considéré comme un préalable à l’usage des armes. Bien des gestes que nous pratiquons aujourd’hui en canne sportive et au bâton trouvent leur origine dans ces pratiques d’entraînement, lesquelles ont évolué au cours des siècles.

Au Moyen-age le terme bâton, dérivant du latin bastum, apparaît dès 1080 et désigne toute arme. Le mot canne quant à lui n’apparaît que vers la fin du XIIème siècle, au sens de tuyau, le plus souvent de bambou. Dès lors le terme générique de bâton est abandonné pour donner lieu à deux sortes d’instruments : le bâton, tenu à deux mains, et la canne, tenue à une seule main.

Au XVIIème siècle, l’aristocratie s’empresse d’imiter les monarques pour qui la canne est devenue un objet symbolique de leur pouvoir ; la canne se porte alors avec l’épée et devient un objet de distinction de classe. Puis la mode s’empare de cet attribut pour rehausser l’élégance et la prestance de son possesseur ; elle lui attribue l’appellation de « canne savante ». En se démocratisant la canne devient également l’accessoire de la tenue du bourgeois.

A la fin du XVIIIème siècle, la canne des Incroyables prend des formes extravagantes et s’apparente plutôt à un gourdin, fort utile lors des affrontements politiques liés à la Révolution.

Entre 1830 et 1920, c’est l’ « âge d’or de la canne » ; celle-ci demeure un objet vestimentaire, inséparable de la tenue du bourgeois et de l’aristocrate, mais elle devient aussi une arme de défense personnelle. Ce n’est qu’au XIXème siècle qu’apparaissent les premières formalisations des techniques de combat de canne et de bâton. La pratique de la canne se développe dans les « salles d’armes », parallèlement à l’escrime et à la savate, tandis que le bâton demeure une pratique militaire dont l’enseignement comme gymnastique est formalisé à l’École de Joinville. (1852-1939). Par gymnastique, il faut entendre les exercices à mains nues, avec de petits engins, au portique, ainsi que ceux de boxe française, de bâton et de canne. L’armée délivre les premiers brevets d’enseignement qui autorisent leurs possesseurs à être instructeurs, prévôts ou maîtres dans les unités militaires puis, ultérieurement, dans les écoles publiques et les lycées.

Entre 1818 et 1841 de nombreuses batailles opposent entre eux les Compagnons effectuant leur « tour de France » et appartenant à des « devoirs » différents. Dans les rites du Compagnonnage les différentes tenues de la canne sont riches de significations symboliques. Ainsi la canne, fierté du Compagnon, est tout à la fois soutien lors des voyages, arme de défense, instrument de mesure, symbole de savoir et de pouvoir.

Le XIXème siècle voit apparaître les précurseurs qui ont posé les principes de l’enseignement de la canne et du bâton. Les bases de ces pratiques sont en partie liées à celles de la savate et de l’escrime car les maîtres enseignaient aussi ces disciplines dans les mêmes salles. L’histoire retient les noms de Larribeau, Leboucher, Lecour, Trencart, Jacou, Loze, Foucart, Vigneron et Charlemont. Peu d’entre eux ont formalisé leur enseignement. Toutefois deux auteurs peuvent être considérés comme les fondateurs des pratiques actuelles : Leboucher et Charlemont.

  • Louis LEBOUCHER de Rouen (1807-1866) Théorie pour apprendre à tirer la canne en 25 leçons (1843)

La théorie est « uniquement instituée comme système de défense personnelle » et est réduite à sa « plus extrême simplicité » pour « obtenir le degré de perfection ». La canne est tenue avec une martingale autour du poignet et l’enseignement de la « parade-riposte » comporte trois ripostes au choix. La « défense du voyageur », quant à elle, permet d’exercer la force plus facilement que les habiletés. Peu à peu la méthode devient moins « sévère » et s’oriente vers l’hygiène corporelle sous l’influence du courant médical.

  • Joseph CHARLEMONT (1839-1914) L’art de la boxe française et de la canne (1899)

L’enseignement de la canne, complémentaire à celui de la boxe française dans la perspective du combat de rue, repose sur le « développement complet » du membre supérieur qui est retenu comme « principe d’efficacité ». « Les principes du bâton sont exactement les mêmes que ceux de la canne ». La canne et le bâton sont enseignés à l’école et à l’armée jusqu’à la première guerre mondiale mais leur pratique disparaît peu à peu devant l’importance grandissante de nouvelles pratiques sportives.

Il faut attendre les années 1970-1980 pour voir apparaître le renouveau de la canne, œuvre de Maurice Sarry mais aussi de Bernard Plasait. La pratique de la canne prend à cette époque une orientation sportive. Son développement est lié à celui de la Boxe Française-Savate à partir de 1965. Cette année-là se constitue le CNBF , réunissant les membres des commissions de boxe française et de canne de la FFB . L’orientation sportive trouve sa consécration lors des premiers Championnats de France en 1980.

A partir de 1977 sont apparues les prémisses du CNCB qui sera officiellement reconnu en 1983. La création du Comité National a permis une accélération du développement de la canne et du bâton et peut être considérée comme un moment charnière entre deux périodes : la première de 1960 à 1983 et la seconde à partir de 1983 à maintenant. Le Comité National demeure l’élément moteur du développement autour duquel se sont greffées toutes les actions, fédérales ou non, ces dernières ayant toujours respecté la ligne de conduite définie au niveau national.

Actuellement les formes de pratique de canne se diversifient. Outre la pratique compétitive d’autres formes apparaissent en fonction de la demande de nouveaux publics préférant ou alternant le loisir, l’entretien physique, l’autodéfense à la compétition sportive. Conjointement à ces diversifications l’enseignement du bâton renaît de manière spécifique