Entraînement : Les fentes

, par Yonnel Kurtz

Ancien D.T.N. de la Canne, Jean-Louis Olivier nous propose une série d’articles qui ont servi de support à la préparation au stage de Mai 2003 à Toulouse (BEES 1°).

Volontairement réduit pour des raisons de lecture, cet article est disponible dans son ensemble en téléchargeant celui-ci (format pdf : 381 Ko).

La fente est la position finale ou temporaire d’une action motrice nécessaire à l’accomplissement d’une technique déterminante dans l’escrime. Ses modalités d’exécution reposent sur des bases qu’il convient d ’analyser pour l’enseigner.

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BIOMECANIQUE

« Dans les attitudes en fente, les pieds sont écartés l’un de l’autre d’une distance au moins égale à deux longueurs de pieds… l’un des deux membres inférieurs est tendu, l’autre est à demi fléchi au niveau des articulations du cou de pied, du genou et de la hanche. Le tronc est oblique et prolonge la direction du membre inférieur tendu. »

Le centre de gravité du corps se déplace dans le sens de la fente, en avant, en arrière, latéralement, en diagonale, et, « de ce fait, la plus grande partie du poids du corps repose sur le membre fléchi et tend à le fléchir davantage ». Le pied du membre inférieur tendu doit rester constamment appliqué au sol pour une fente correcte.

Les chaînes musculaires mises en jeu lors de l’escrime aux armes et lors de l’escrime à la canne diffèrent dans la succession des actions. En escrime, l’action du membre supérieur armé précède l’action de poussée de la jambe arrière. A la canne, l’action débute par l’action de poussée du membre inférieur pour s’achever par la rotation du tronc et l’extension du membre supérieur armé.

D’une manière générale les contractions se situent dans le triceps sural et le quadriceps crural du membre fléchi et dans les muscles du dos Les contractions sont d’autant plus intenses que la fente est profonde Au niveau du membre fléchi, l’effort musculaire est plus intense qu’au niveau du membre tendu car, outre la différence de poids à soutenir, il est plus difficile de maintenir une articulation en attitude de flexion (dosage de la contraction musculaire) qu’en attitude d’extension (arrêt osseux ou ligamentaires). Dans les fentes la jambe qui se déplace supporte la plus grande partie du poids du corps tandis que dans les poses (de stations) le poids reste sur le membre fixe et le pieds de l’autre membre déplacé repose sur le sol par sa pointe en n’exerçant qu’une faible pression.

TECHNIQUES DE CANNE

Anciennes Formes

Les fentes en escrime à la canne, conçues dans une optique d’auto-défense, sont très peu prononcées. Quelle que soit la ligne de frappe, l’importance de la flexion du genou est sensiblement identique et le tireur recherche la touche par un gain de distance tout en évitant de présenter une cible à l’adversaire et en conservant son équilibre.

Le principe de projection du genou légèrement en avant de la pointe du pied et celui de la rectitude entre le tronc et la jambe de poussée sont respectés. La rectitude est l’alignement de différent segments entre eux. De même dans la frappe en canne il y a rectitude entre la ligne des épaules, le membre supérieur armé et la canne.

Forme actuelles

La forme actuelle de la pratique sportive de la canne a conduit à adopter des conventions qui s’éloignent des principes de l’auto-défense.

Maurice Sarry dans le chapitre « Les déplacements » de son manuel (p.33) définit la fente ainsi :

« La fente permet de gagner la distance et de frapper en ligne basse. Nous ne la considérons pas comme un véritable déplacement. De la position en garde, la jambe se déplace vers l’avant et fléchit, la jambe arrière, dont le pied reste en point fixe, se trouvant alors en extension. »

La fente ainsi démontrée correspond strictement à une fente d’escrime poussée à son extrême. En escrime le retour à la position initiale s’effectue rarement car l’action est le plus souvent arrêtée par une touche valable ou non selon l’arme. La touche s’effectue au corps alors qu’en canne la touche s’effectue en jambe, en ligne basse. (A l’épée on se fend peu pour toucher le pied correspondant à la ligne basse.) A la canne, l’ancienne règle d’arrêt à la touche annoncée a été abandonné, comme en escrime, pour permettre de donner une série de plusieurs coups, ce qui rend l’assaut plus dynamique. Les allers retours fente-garde-fente deviennent extrêmement difficiles car coûteux d’un point de vue énergétique en faisant aussi subir des pressions importantes au niveau du genou fléchi. Lors de la fente extrême la tête devient une cible vulnérable et une flexion du tronc pouvant aller à l’horizontale entraîne un risque de frappe sur la nuque ou sur le dos. L’amplitude de la fente est liée à la souplesse des articulations du membre inférieur.

Il faut noter d’autres formes de fente que celle exposée précédemment :

1. La fente arrière consiste à déplacer le membre arrière vers l’arrière, à le fléchir en ouvrant vers l’extérieur le segment fléchi et à s’accroupir sur cet appui. Le membre avant reste tendu vers l’adversaire et permet l’équilibration. Cette fente permet de conserver la distance de frappe par retrait du tronc.
2. La fente sur place peut s’exécuter de deux manières :

  • par une flexion du membre avant en reculant le membre arrière qui devient tendu,
  • par une flexion du membre arrière en avançant le membre avant.
Fentes Motricité
Description technique Poussée en déséquilibreNon-poussée équilibrée
Fente avant
Représentation la plus courante
De la jambe arrière vers l’avant, le corps est propulsé vers l’avant ainsi que la jambe avant qui se fléchit en freinant le mouvement De la jambe avant qui se plie sur elle-même. La projection du centre de gravité reste sensiblement identiqueLa jambe arrière s’efface tendue en arrière.
Fente arrière
Logo fédéral
De la jambe avant vers l’arrière, le corps est propulsé vers l’arrière ainsi que la jambe arrière qui se fléchit en freinant le mouvement De la jambe arrière qui se plie sur elle-même. La projection du centre de gravité reste sensiblement identiqueLa jambe avant s’étend vers l’avant.
Usage tactique Gain ou ajustement de la distance par avancée ou par retrait du tronc Maintien de la distance

P.-S.

L’auteur

Jean-Louis Olivier,
Professeur de Sport, BEES 2° BF Savate, BEES 2° Boxe Anglaise et BEES 1°
Canne Bâton.